Naviguer en Bretagne profonde avec « Cap Vrai »

NAVIGUER en BRETAGNE profonde.
CAP VRAI est cette association qui privilégie un ressourcement spirituel à partir de la mer. capvrai.com. Mais qu’en est-il en navigation fluviale ? En mer, comme en rivière, pas de CAP VRAI sans un CAP à prendre , un balisage et parfois des berges, des ponts et des écluses. Prend-on toujours le bon cap ?

Cette semaine-là , du 10 au 14 septembre 2012 six habitués de la mer s’étaient convertis, pour quelques jours, à la navigation fluviale.
La plupart d’entre eux avaient déjà parcouru quelques tronçons du Canal de Nantes à Brest, depuis Nantes et Nord sur Erdre jusqu’à Genrouët et retour. Aujourd’hui, sur une pénichette de location Nicols, il était envisagé de poursuivre jusqu’à Josselin si possible. Embarqués ce lundi 10 septembre 2012, à Glénac, non loin de Redon, ils embouquent d’abord l’écluse de la Maclais pour une première longueur rectiligne. Le pont d’Oust, à proximité de Peillac, Saint Martin d’Oust, Saint Laurent sur Oust. Pour arriver jusqu’à Malestroit, Ils auront déjà passé 6 écluses. De bief en bief les éclusiers ouvrent leurs portes, tantôt avec la télécommande, tantôt manuellement. Chaque espace autour de l’écluse est fleuri et chaque fois différemment.

A 8 kms-heure, la péniche réveille hérons, cormorans et poules d’eau qui s’envolent un peu plus loin. Outre la nourriture pour cette mini-semaine, les équipiers s’étaient munis de quelques Bibles avec diverses traductions et le texte grec du Nouveau Testament. Et pour l’un d’entre eux le texte hébreu de l’Ancien Testament. En cette semaine n°23 de la liturgie catholique, la première lecture de chaque jour conduisait à la rencontre de Paul dans la première lettre aux Corinthiens. Ch. 5.

Chacun, à bord , quand il ne regardait pas le paysage pouvait se délecter du texte dans une lecture perso qui allait être suivie d’un échange. Arrêt pique-nique pour le lundi soir dans un joli site sauvage, non loin d’une auberge avec piscine mais l’ensemble est fermé. Avant d’aller dormir l’équipage partage sur le texte du jour, où lundi Paul demande que soit exclu, pour un temps, cet homme à scandale afin que, même livré à Satan, il soit « sauvé au jour du Seigneur. »

En cette saison le soleil se couche déjà plus tôt. La nuit est tombée depuis longtemps quand l’équipage peut s’abandonner au sommeil. Il y a 3 cabines, équipées de draps et de couettes, sans compter le carré où dort le barreur.
Mardi matin, réveil sous la pluie, ce qui laisse du temps, avant de larguer les amarres, pour continuer la lecture de l’apôtre Paul. 10 heures, la pluie s’est arrêtée. Moteur. La pénichette quitte allégrement le ponton. A l’heure du déjeuner, amarrage aux arbres qui bordent le canal, non loin d’un espace où, ce jour-là, des pompiers recueillent avec précaution un essaim d’abeilles.

De Malestroit à Josselin il y a 11 écluses. L’équipage pensait s’arrêter pour la nuit à la dernière écluse qui précède cette cité médiévale, mais il n’y a pas de ponton pour accoster. Ce sera donc dans le port de Josselin qu’il sera possible de se glisser dans la dernière place disponible , entre une autre péniche et l’écluse. La manœuvre est délicate. Heureusement des passants, bienveillants et coopérants, veulent bien attraper les amarres lancées depuis le bord . Visite vespérale de l’antique cité « au fabuleux héritage médiéval . Accrochée au flanc de la colline, la ville se distingue par son impressionnante forteresse, fièrement campée sur son éperon rocheux. L’Oust serpente à ses pieds. Par bonheur Josselin a conservé bon nombre de ses maisons à pans de bois ». (livret de l’Office du Tourisme). Mais, au dire de l’un des habitants, le travail s’y fait rare.

Mercredi, à 9 heures l’équipage prend la route du retour, en conversant, chaque fois ou presque, avec l’éclusier qu’il est agréable de reconnaître. En naviguant on ne peut qu’admirer la beauté des paysages, du vol des oiseaux que l’on dérange, des arbres en parfait reflet dans l’eau et les vaches, immobiles sur la berge où absorbées dans leur rumination. Mais rien n’empêche les équipiers de se plonger dans le texte de ce jour avec St Paul et la première lettre aux Corinthiens (1 Cor 7, 25).
La péniche file son chemin d’eau. Il n’y a pas de vent, un peu de courant seulement, mais surtout du soleil. Le déjeuner se prend au pied d’un château, dans une anse de la rivière. Encore nombre d’écluses. A la toute dernière qui soit en service, la gardienne indique des anneaux d’amarrage sur le môle d’accès à l’écluse, pour la nuit. Le sommeil sera léger dans le grondement permanent de l’eau qui enjambe le barrage voisin.

Jeudi matin, magnifique lever du soleil au travers des arbres, en reflet sur l’Oust. Après le petit déjeuner, à 8 heures comme les autres matins, c’est le moment d’une Eucharistie qui commence par un long temps de partage sur les textes bibliques du jour.
La péniche franchit allégrement les dernières écluses dont les portes sont complètement ouvertes. C’est aussi le temps de prendre le repas de midi avant de s’engager dans le long canal rectiligne qui précède le marais de Glénac, au fief des Nicols. Après un dernier arrondi, la péniche accoste à un ponton fait de carrés souples et flottants. Des équipiers lancent les amarres d’avant et d’arrière. Les canards, habitués des lieux, y vont, semble t il, de leurs commentaires dubitatifs , voire irrévérencieux sur la manière d’accoster, de prendre le ponton, de lancer les « bouts » à terre et de les accrocher. A moins que leurs cris ne soient à comprendre comme la requête de quelques morceaux de pain trempé dans l’eau douce.

Pour deux équipiers c’est le temps des adieux. Pour les autres ce sera le moment d’enfiler l’étroite rivière qui serpente sous les ombrages et qui débouche à la Gacilly : une heure et demi de merveilles, mais aussi d’émotion dans la sinuosité de ce chemin d’eau sur la rivière l’AFF. Souvent les branches des arbres viennent caresser la péniche, au risque de décoiffer quelque passager, même pour une navigation réduite à 5 kms-heure. Un dernier détour, un pont de pierre qui barre l’horizon et voici le moment de prendre un catway avec un nouveau lancer d’amarres. C’est à La Gacilly , le village d’ Yves Rocher, enfant du pays, avec l’industrie des parfums et de la cosmétique, mais aussi de nombreux artisans d’art.

Retour avant que le soleil ne descende trop bas sur l’horizon . Il vaut mieux se serrer contre la berge quand arrive une autre pénichette montante. Par moment les caresses des arbres se font trop insistantes, mais la péniche n’en a cure et l’équipage se remplit les yeux d’un spectacle toujours mouvant. Vers la fin d’un long tunnel de verdure, les eaux calmes serpentent dans un décor de marais aux herbes foisonnantes. Débouchant enfin sur le large plan d’eau occupé par le ponton de Nicols, la péniche prend délicatement la courbe et se range sagement, en marche arrière, à la place qu’elle avait quittée lundi.

Encore une nuit à bord et ce sera le retour à cette terre des vivants qu’il fait bon fouler, en gardant le souvenir d’images d’eau, de vie en équipage et de partage à partir de la Parole.

Claude Babarit

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